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mardi 19 février 2013

Les Aventures de Blake et Mortimer Orphelins - 4 - Eloge de Ted Benoit / L'Affaire Francis Blake (c)


Ce texte est la suite des articles suivant : http://loeilprivebd.blogspot.fr/2013/02/les-aventures-de-blake-et-mortimer-2.html et http://loeilprivebd.blogspot.fr/2013/02/les-aventures-de-blake-et-mortimer.html

Les Aventures de Blake et Mortimer

Orphelins

- 4 -

Eloge de Ted Benoit

L'Affaire Francis Blake (c)

 


Dédoublement

Dès lors, l’intrigue multipliera les doubles et les leurres. Déjà, on l’a dit, et c’est la base-même du récit, Blake est un faux-coupable, c’est une fausse piste. Mais au-delà encore, le motif est décliné avec une régularité insistante qui renvoie les deux héros de Jacobs à de multiples copies d’eux-mêmes. Quand Mortimer veut échapper à la surveillance des policiers postés devant son domicile, il utilise un stratagème qui illustre cela à merveille. D’abord, les inspecteurs croient que le professeur a pris la place du livreur qui venait de lui apporter son repas et qui sort de la maison dissimulé derrière une épaisse écharpe (détail en effet suspect puisque l’action se déroule au début de l’été). Une course poursuite s’engage alors à l’issue de laquelle le livreur est finalement démasqué – c’est le premier faux-semblant. Revenus devant le domicile, les policiers aperçoivent la silhouette de Mortimer postée à sa fenêtre, une pipe dans la main ; mais c’est encore une deuxième duperie car il s’avère rapidement qu’il ne s’agit que d’une statue égyptienne revêtue d’une veste de costume.


Or, qui a vu Les 39 Marches sait qu’il existe une scène similaire dans le film, où le héros parvient à échapper à ses poursuivants embusqués devant son appartement en échangeant ses vêtements avec le laitier – c’est donc le troisième leurre. Car le lecteur qui a le modèle hitchcockien en mémoire est trompé lui aussi, puisque rien ne se déroule comme il pouvait s’y attendre (alors qu’on pouvait présager que le livreur de la bande dessinée relayait le laitier hitchcockien, c’est en réalité Horus qui endosse ce rôle).
 




La seule règle que suit alors la bande dessinée, c’est donc celle qui consiste à déjouer les attentes du lecteur - et elles sont nombreuses les attentes des admirateurs de l’œuvre de Jacobs ! Quand Mortimer s’échappe de son appartement en laissant derrière lui une statue égyptienne travestie, il est impossible de ne pas percevoir la dérision des auteurs. Cette statue est en effet associée à un épisode mémorable de La Marque Jaune, en plus du Mystère de la Grande Pyramide : alors qu’il s’est introduit chez Blake et Mortimer, Olrik, amnésique, devenu Guinea Pig, se trouble étrangement face aux reliques égyptiennes qu’il rencontre, et notamment devant une statue d’Horus. En fait, elle rappelle le souvenir inconscient de l’injonction du Cheik Abdel Razek « Par Horus Demeure ! » Ainsi, la statue égyptienne de L'Affaire Francis Blake, dont la posture rappelle fortement celle d'Horus, est doublement associée à la mémoire du lecteur de « Blake et Mortimer » : d’abord parce qu’elle ressuscite des images fortes de la série, et puis parce qu’à travers Olrik elle incarne la manifestation de la mémoire elle-même. Cette mémoire, à laquelle Ted Benoit et Jean Van Hamme sont censés être déférents, on voit qu’au contraire elle est ici moquée avec malice, réduit à l’état de porte-manteau, mannequin déguisé, masque grimaçant et goguenard.






Mortimer s’est dédoublé à bien des égards dans cet épisode : à travers le livreur, la statue d’Horus, Les 39 Marches et finalement lui-même, qu’il n’est plus vraiment. Plus tard, on lui offrira un autre double, pour embrouiller les policiers à sa poursuite : un double grossier, invraisemblable, un Mortimer hirsute, d’un roux presque fluorescent, incarnation burlesque qui d’ailleurs ne dira pas un seul mot au cours de ses diverses apparitions, un vulgaire épouvantail. A l’image de la reprise elle-même ?


 
à suivre...
 
 

Pour plus d'informations sur L'Affaire Francis Blake :


XXX
 
Et pour le souvenir :

 

lundi 21 janvier 2013

Kaboom numéro 1

Kaboom

numéro 1


Mardi 22 janvier 2013 sort en kiosques une nouvelle revue sur la bande dessinée intitulée KABOOM, émanation de Chronic'art d'une centaine de pages, à paraître 2 à 3 fois par an.


 
 
La création d'un magazine sur le sujet est déjà un événement en soi, d'autant qu'il s'agit là d'une publication ambitieuse, comme l'énonce Stéphane Beaujean, son rédacteur en chef : "Ici, la bande dessinée n’est pas traitée comme un univers cloisonné, mais comme un miroir orienté sur notre monde dont le reflet est simplement fait de dessin". Des articles de fond, des interviews d'auteur et des planches originales inédites se côtoient pour montrer le meilleur de ce que le genre a à offrir.

A l'échelle intime, c'est presque un cataclysme, du moins une révolution, puisque la naissance de ce premier numéro coïncide avec ma première participation à une publication papier. "Nicolas, tu passes en impression", m'a un jour du mois dernier annoncé Stéphane Beaujean, sans se douter du raz-de-marée émotionnel qui me submergeait alors.


Mais trêve de sentimentalisme égocentrique. Le papier en question a pour sujet Edgar P. Jacobs et comme titre Les ruines de l'intime. Il peut se lire de manière autonome comme un portrait de son auteur sous l'angle de sa démarche créative. Il peut aussi se voir comme une problématique à une étude plus large et plus poussée sur la vision jacobsienne. Mais il serait prématuré d'en dire davantage à ce propos, puisqu'il ne s'agit encore pour l'instant que d'un projet.

En tout cas, ce texte entre en résonnance avec divers sujets abordés dans le magazine : comme dans la fabuleuse rencontre entre Jacques Tardi et Emmanuel Guibert, il y sera question de mémoire et du rôle des images, et comme pour Otomo, Walking Dead et l'article sur Le manga et le nucléaire, on s'interrogera sur la figure de l'apocalypse.

Je souhaite donc longue vie et prospérité à cette nouvelle publication qui m'est chère à plus d'un titre, et j'espère bien évidemment continuer à participer à cette belle aventure...

Un grand merci, pour finir, à Stéphane Beaujean, sans qui rien de tout cela n'aurait été possible.